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15 janvier 2020
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Comment aider un joueur excessif ?

Si vous êtes le conjoint ou la conjointe, le parent ou l’ami d’une personne qui a développé une dépendance aux jeux de hasard et d’argent, il est parfaitement naturel de vouloir l’aider. Un conjoint voudra préserver sa relation amoureuse et protéger les avoirs familiaux. Un parent voudra éviter à son enfant, même adulte, des problèmes financiers et sociaux liés à une dépendance aux jeux de hasard et d’argent. Un ami verra sa relation menacée et sera tenté d’intervenir auprès du joueur ou de la joueuse. Toutes ces réactions sont profondément humaines et témoignent du lien existant entre vous et la personne qui joue de manière excessive.

Comment reconnaître une
dépendance aux jeux de hasard et d’argent ?

Vous avez des doutes sur les comportements de jeu d’un proche ? Certains signaux peuvent vous aider à déceler des attitudes témoignant d’un problème de jeu excessif. Consultez notre article sur les 9 indices du jeu excessif, pour vous aider à reconnaître ces comportements.

Mais, il serait important, avant d’aborder le sujet avec le joueur, de vous renseigner sur la façon dont un problème de jeu se manifeste et sur les étapes nécessaires pour s’en sortir. Si vous ou des membres de votre famille voulez aborder le sujet avec le joueur, il est essentiel d’être bien préparé et d’avoir du soutien. Voici quelques stratégies que vous pourrez utiliser dans vos démarches, mais n’hésitez pas à obtenir de l’aide auprès d’un intervenant spécialisé de Jeu : aide et référence ou du Centre de réadaptation en dépendance de votre région.

Le désir de diminuer ou de cesser
de jouer doit venir du joueur

Déceler la dépendance aux jeux de hasard et d’argent chez votre proche est une chose. Savoir s’il reconnaît cette dépendance chez lui ou s’il est motivé à apporter des changements dans sa vie en est une autre.

Les personnes qui ont une dépendance aux jeux de hasard et d’argent ne sont pas toutes au même stade de reconnaissance de la problématique et donc de motivation au changement. Si vous souhaitez aider un proche à entreprendre une démarche pour soigner sa dépendance, il vous faudra adapter votre intervention en fonction de l’étape où il se trouve. Les psychologues Prochaska et DiClemente ont identifié six stades dans une trajectoire de changement, que l’on pourrait résumer ainsi :

  1. Non-reconnaissance du problème: votre proche joueur ne considère pas avoir un problème avec les jeux de hasard et d’argent.
  2. Ambivalence: il admet certaines inquiétudes quant à ses habitudes de jeu, mais se rassure tout aussi vite.
  3. Préparation à l’action: à cette étape, votre proche joueur admet le problème et accepte l’idée de modifier ses comportements de jeu.
  4. Action: il accepte d’entreprendre une démarche ou de se faire aider pour modifier ses comportements de jeu et commence réellement à les changer.
  5. Maintien des comportements sains: c’est la période de consolidation des acquis, et de l’apprentissage de nouveaux comportements : pendant plusieurs mois, votre proche résiste aux tentations de retour aux comportements problématiques de jeu.
  6. Liberté retrouvée: les tentations d’un retour aux anciens comportements de jeu sont loin derrière votre proche. Il se sent bien dans sa nouvelle vie.

L’écart ou la rechute

 L’écart peut survenir à tout moment dans ce processus qui n’est pas nécessairement linéaire. Il s’agit d’un retour ponctuel et de très courte durée au jeu et ne signifie pas nécessairement que l’on a affaire à une rechute, c’est-à-dire à un retour aux anciennes habitudes, et ce, sur une plus longue durée. L’écart fait partie du processus normal de changement et peut être une étape vers l’atteinte de la réussite, pourvu que votre proche joueur entreprenne une réflexion et détermine ce qu’il peut et veut faire pour l’éviter dans le futur.

Comment agir avec un joueur excessif ?

Cette personne qui vous est chère n’est peut-être pas prête à vous parler de ses problèmes ou même à admettre sa dépendance aux jeux de hasard et d’argent. Dans ce cas, la motivation au changement est sans doute très faible ou nulle. On peut penser qu’elle en est à l’étape de non-reconnaissance du problème dans le cursus du processus de changement des comportements. Dans ce contexte, tenter de l’obliger à regarder ses comportements en face au niveau des jeux de hasard et d’argent n’aura sans doute pas l’effet escompté. Il est donc essentiel de prendre en compte le niveau de motivation à changer de cette personne avant de faire une intervention.

Éviter de mettre de la pression

Lorsque votre proche joueur se trouve à l’un ou l’autre des deux premiers stades de motivation au changement (non-reconnaissance et ambivalence), il importe de ne pas tenter de le forcer à admettre le problème, de ne pas le blâmer, de ne pas l’accuser. Cependant, votre rôle durant ces étapes demeure essentiel. Vous subissez probablement certaines conséquences négatives liées aux comportements du joueur : il peut s’agir de mensonges, de dettes contractées, de manquement à sa parole, de rendez-vous manqués, etc. Sans même avoir à parler de jeux de hasard et d’argent, vous pouvez lui exprimer votre déception devant un mensonge, votre inquiétude face à des dettes, votre colère ou votre peine devant un rendez-vous manqué, et tout cela, en parlant au « je » et en évitant le « tu ». Par exemple :

« Je suis déçu de ne pas avoir appris la vérité sur ton retard d’hier ».

« Je suis très inquiète de notre situation financière : je ne sais pas comment nous pourrons rembourser cette nouvelle dette ».

« Comme nous avions convenu de dîner ensemble, j’ai attendu une heure en me faisant du souci ! Je suis tellement en colère ! ».

Parler au « je » fait en sorte que votre proche joueur ne se sente ni accusé, ni jugé. Une personne accusée ou jugée a tendance à se fermer ou à riposter faisant en sorte que la situation ne peut que dégénérer. Parler au « je » vous permet de sensibiliser le joueur à vos états d’âme provoqués par ses comportements. Sans qu’il soit nécessaire de mentionner ses comportements de jeu, il peut faire le lien lui-même entre ceux-ci et votre souffrance, votre inquiétude, votre déception. Cela peut l’amener à prendre conscience de l’impact que ses comportements ont sur vous et sur votre relation. Sans prétendre quoi que ce soit avec certitude, cela pourrait éventuellement l’amener à vouloir changer ses comportements.

Aborder la stratégie de changement

Votre proche joueur vous surprend en admettant avoir un problème au niveau des jeux de hasard et d’argent et en affirmant vouloir changer. Ne l’assaillez pas de directives, de propos moralisateurs ou de conseils. Demandez-lui ce qu’il envisage faire et quelles sont les actions qu’il est prêt à poser. S’il en fait la demande, informez-le de l’aide gratuite spécialisée pour la problématique de jeu excessif offerte par les centres de réadaptation en dépendance du Québec, présents dans toutes les régions. Afin qu’il puisse se renseigner sur cette aide, offrez-lui les coordonnées de Jeu : aide et référence. Ce sera aussi l’occasion pour lui d’en apprendre sur le service de TéléCounseling  que nous offrons sous forme d’aide téléphonique.

Reconnaître les efforts

À cette étape, vous le valoriserez en soulignant son courage à demander de l’aide, sa volonté d’agir sur ses comportements et l’honnêteté dont il fait preuve en reconnaissant le problème. Vous pouvez ainsi contribuer à maintenir ou même à stimuler sa motivation au changement et sa décision à passer à l’action. Que votre proche diminue son assiduité aux jeux de hasard et d’argent ou cesse complètement ses activités, reconnaissez chacun des efforts consentis, chacun de ses petits pas vers l’atteinte de son objectif.

Accepter les revers

Votre proche a rejoué… Il est déçu et vous aussi. Vous avez le droit de l’être, d’être en colère, d’avoir de la peine. Vous avez le droit de le dire à votre proche : rappelez-vous que s’exprimer au « je », permet de rendre compte de vos sentiments sans que votre interlocuteur se sente accusé ou jugé. La confiance sera longue à rebâtir, mais il est possible de la retrouver.

Rester à l’affût des tentations

Votre proche joueur a atteint son objectif : peut-être restera-t-il fragile durant une certaine période. C’est normal, un comportement appris et exécuté pendant des mois, voire des années, ne peut être changé qu’en y mettant le temps et les efforts nécessaires.

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